Même si les prévisions de récoltes s’annoncent moyennes à bonnes, le maintien, presque au même niveau, des prix des céréales ne manque pas d’inquiéter. La réunion d’expertise du Système d’alerte précoce (SAP) d’évaluation définitive de la situation alimentaire 2009/2010 se tient depuis hier au siège de la structure. La cérémonie d’ouverture de la rencontre était présidée par la Commissaire à la sécurité alimentaire, Mme Lansry Nana Yaya Haïdara.
Elle s’est déroulée en présence du coordinateur du SAP, Mary Diallo, entouré de ses collaborateurs et agents de terrain, des représentants des structures partenaires comme l’Observatoire du marché agricole (OMA) et des donateurs du Programme de restructuration du marché céréalier (PRMC).
Le SAP a pour mission de détecter et de prévenir de manière précoce les décideurs de l’apparition de crises alimentaires à un niveau géographique relativement précis. La réunion d’expertise est destinée à examiner les résultats définitifs des différents systèmes de production (agriculture, élevage, pêche, arboriculture, etc.), les ressources monétaires extra-agricoles mobilisables au cours de l’année alimentaire, et l’évolution probable des prix des céréales intégrant aussi bien la conjoncture nationale, sous-régionale qu’internationale.
A l’issue de la rencontre qui va durer 10 jours, les participants détermineront les communes ou parties de commune connaissant ou susceptibles de vivre une crise alimentaire ou nutritionnelle avant les premières récoltes, et les mesures appropriées à mettre en œuvre pour dissiper les crises.
Cette réunion fait suite à une série de rencontres et de concertations permettant au gouvernement de prendre les mesures nécessaires à une gestion correcte de la situation alimentaire conjoncturelle et structurelle. La campagne agricole 2009/2010 a connu un démarrage tardif en général et particulièrement dans les zones pastorales nord-est du pays où la période de soudure a été longue et difficile pour le bétail.
Si dans les principales zones agricoles du pays, l’espoir est revenu dans le monde paysan grâce à la régularité des pluies d’août-septembre et octobre et la disponibilité des intrants, dans les zones pastorales du nord-est, la pluviométrie est restée insuffisante pour les besoins de régénération des pâturages.
Selon les premières prévisions d’octobre 2009, le monde rural attendait des récoltes moyennes à bonnes dans notre pays notamment pour les cultures sèches (mil et sorgho) qui étaient à maturité. Pour le riz, qu’il soit de submersion ou irrigué, les perspectives étaient moyennes à bonnes, voire très bonnes, même si les plants avaient encore besoin de végéter avant leur maturité. Pour la situation pastorale, le SAP a tiré la sonnette d’alarme sur le déficit de biomasse fourragère dans le nord-est du pays.
Les images satellites montraient des déficits importants de biomasse dans ces zones. Quant aux prévisions de récoltes, notre pays enregistre pour la 5è année consécutive une bonne campagne agricole. La situation pastorale surtout dans le nord-est du pays, constitue aujourd’hui une préoccupation majeure pour les pouvoirs publics et les partenaires au développement. Les autorités ont acheminé 2000 tonnes de riz et 1000 tonnes d’aliment bétail dans ces zones en détresse pastorale et un programme de déstockage des animaux est en cours de finalisation.
Mme Lansry Nana Yaya Haïdara a invité les participants à examiner avec soin le bilan définitif de la campagne, afin de déceler toutes les localités et/ou populations dont la sécurité alimentaire et nutritionnelle pourrait être en risque en 2010. Le constat qui se dégage est que les prix des céréales n’ont pas baissé de façon significative. Leurs niveaux restent supérieurs à ceux de janvier-février de l’exercice passé et à la moyenne des 5 dernières années.
Si cette situation devrait perdurer, elle sera de nature à fragiliser davantage et précocement le pouvoir d’achat des consommateurs en général et singulièrement ceux qui ont des revenus fixes. « Une telle situation ne met-elle pas en exergue une fois de plus la nécessité d’avoir des stocks de proximité conséquents pour la période de soudure, où les prix risqueront d’être encore plus élevés ? », a plaidé le commissaire à la sécurité alimentaire.
Mme Lansry Nana Yaya Haïdara a invité les participants à concilier les aspects conjoncturels et structurels de la sécurité alimentaire dans les réponses qu’ils vont apporter aux questionnements et de privilégier des propositions de sortie de crise qui s’inscrivent dans la durée. Les conclusions de cette réunion enrichiront les débats de la prochaine réunion du Conseil national de sécurité alimentaire.
Journal l’Essor du mardi 16 février 2010, par

